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QU’EST-CE QU’UN RADICALISÉ ?

Certainement le phénomène de la radicalisation est-il un des plus complexes que puisse se proposer la réflexion générale sur les croyances ; sans doute une explication a-t-elle toutes les chances d’être incomplète et d’appeler toujours des affinements, des retours si ce ne sont des repentirs. Mais il est toujours nécessaire de s’y confronter, tant la situation brûle et urge.

Dans le cadre de l’AO, les choses semblent se présenter d’une façon somme toute assez facile à saisir et à décrire.

Première phase.

Un individu souffre d’un déficit d’Être. Au lieu d’enclencher son Processus au prix de l’effort de la Volonté, il promène son regard autour de lui et, refusant d’être l’auteur ou le fauteur de la situation, il cherche une autre solution, c’est-à-dire une explication bien plus commode et confortable ; niant être le responsable, il cherche des coupables : la société. Il décide que c’est la société qui le maintient dans cet état larvaire ou dans ce statut d’incomplétude voire de vide ontologique. Autrement dit, il fait de la société un Système et il l’accuse de le plaquer sur l’Horizontale du néant par la plus écrasante des Verticales. Bref, se faisant Comparse, il est devenu un Croyant, et invétéré. En proie au Religieux mondain, il croit que l’Être s’identifie au Système ou à sa Hiérarchie et que seuls ceux qui y détiennent l’Avoir, le Pouvoir ou la gloire sont du même coup les détenteurs de l’Être, qu’ils le confisquent au détriment de tous ceux qui sont rejetés en bas et dont finalement la fonction n’est que d’incarner cette spoliation ontologique, rien ne faisant mieux saillir par contraste les sommets prestigieux des Privilèges.

Deuxième phase.

Fort de cette croyance, notre individu, brûlant de Haine et de Dépit, cherche à réagir, à corriger cette situation pour lui intenable : « Pourquoi eux et pas moi ? Je les vaux bien, tous ces gros porcs ! » Ignorant par définition qu’il vient d’abdiquer la Volonté au profit du Désir, ou de céder à la Tentation, il se fixe sur les objets du Désir, en l’occurrence un, bien spécifique : le Pouvoir. Son raisonnement est simple : « Puisque c’est un Pouvoir qui m’anéantit, je vais ériger le mien et ainsi l’anéantir à mon tour. » Ce qui suppose un autre Dominant. Lequel ? Sur le marché, il y a le choix. Pourtant, il faut choisir le plus haut placé et surtout situé hors de portée, un Dominant en quelque sorte invérifiable, contre lequel nul ne puisse rien : non content d’un Rival, il lui faut le Scandale. Il n’est qu’une entité répondre à cette définition ou à cette nécessité : Dieu – Allah. Voilà notre individu qui, par Désir pour l’objet Pouvoir, bascule du Religieux mondain dans le Religieux divin (les deux formes de religieux étant toujours parfaitement poreuses l’une à l’autre).

Troisième phase.

Il lui faut imposer son Dominant, ou promouvoir son Pouvoir. C’est pourquoi il commence par déclarer que les lois de la République, qu’il interprète comme l’arbitraire dont il était victime, sont désormais pour lui parfaitement caduques, et il promeut au premier rang ou plutôt au sommet les Injonctions de son dieu en déclarant n’obéir dorénavant plus qu’à elles (c’est à ce stade que se trouvent les jeunes filles qui prétendent porter le voile à l’école). Mais comme la loi de la République ou du Politique ne cesse pas de s’appliquer et que la liberté d’expression dénude son Dominant divin ou son Mythe jusqu’à l’os (par exemples par les caricatures), notre Croyant, qui interprète cette Démythisation ou cette anti-croyance comme une violence, n’a d’autre recours que cette même violence, mais aggravée de surenchère, pour défendre l’honneur de son Dominant ou de Dieu. Et c’est ainsi qu’il se donne pour mission d’exterminer tous ceux qui ne plient pas comme lui sous ses Injonctions : d’où la kalachnikov, la voiture bélier et la ceinture d’explosifs.

Faute de pouvoir dire « Je suis », cet absolu, le voilà qui dit désormais : « Je suis musulman », ce relatif – ce relatif étant le tragique même, l’appétit de tuer et d’anéantir par quoi se venge celui que frappe l’inaptitude à vivre et à devenir.

Tout part donc du déficit d’Être. Vois-tu une solution – ou une autre explication ?

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