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LE CROYANT (3)

Considérons donc, comme dans l’article précédent, ce Croyant particulier qu’est André Lesage, dit « Marquis de la Franquerie ». Il est intéressant d’observer cet exemple pour comprendre le fonctionnement du Croyant.

Le Marquis, ainsi que le dit le titre de son livre le plus connu – La Mission divine de la France – croit que la France a été choisie par Dieu pour succéder au peuple juif, c’est-à-dire que la France, ou la Nation Française, est le nouveau « Peuple élu ». C’est à partir de cette prémisse que se développe la vision du Croyant de la Franquerie, c’est-à-dire la logique du Mythe, celle que l’analyse de quelques phrase permet de mettre en évidence.

« Cette mission a été et demeure la plus glorieuse, assurément, de toutes celles qu’Il a jamais confiées à une nation. » (p.1,2).

hierarchieLa croyance, toute croyance, ne procédant jamais que du Désir, et le Désir étant, par définition, tourné vers le sommet du Système, le Croyant n’aspire qu’à des éminences. C’est ce qui ressort très clairement de cette simple phrase. Le Marquis envisage ici l’ensemble des missions que Dieu confie aux nations et, parmi toutes, il en distingue une, non pas toutefois dans sa Différence, mais par la Distance unique qu’elle érige au-dessus de toutes les autres. C’est ainsi qu’à la vision historique – Dieu choisit d’abord le peuple juif, ensuite la nation française – se superpose une Hiérarchie dont la France occupe le sommet. Contrairement à la Loi qui ne connaît que les Différences et qui est à la fois le lieu et la condition de l’Être, le Mythe élit et confisque une Distance qui n’est que le signe spatial de la violence. Il est à noter que si la vision historique admet une dynamique, c’est-à-dire une évolution, laquelle, logiquement, va dans le sens de l’établissement de cette Hiérarchie, une fois cette Hiérarchie établie, elle est conçue comme immuable, comme établie pour l’éternité. Bien sûr, comme on le constate ici, le Croyant n’éprouve pas le besoin de justifier cette Hiérarchie. Celle-ci obéissant à son Désir, ou étant la forme même que prend son Désir, il ne voit pas qu’elle ne puisse aller de soi, qu’elle ne soit pas pour tous une évidence absolue autant qu’elle l’est pour lui-même. Que s’il était interpellé sur la raison de cette « élection », nul doute que le Marquis, comme tout Croyant, ne pourrait que se replier sur la pirouette si ce n’est sur la dérobade : « Les desseins de Dieu obéissent à des raisons qui ne sont connues que de Lui et qu’il n’appartient pas aux hommes d’interroger et encore moins de contester. »

C’est là ce qui explique que le Croyant soit entièrement voué à une violence bornée.

Cependant, comme toujours, le Mythe, pour grandiose qu’il soit, ne laisse pas d’être extrêmement fragile : c’est une baudruche que menace la moindre piqûre d’épingle. D’aucuns seraient en l’occurrence fondés à demander au Marquis comment il sait que Dieu a confié cette mission à la France, par quel moyen, par quel canal, par quel truchement il l’a appris, autrement dit comment et pourquoi il peut en être si sûr. Sommé de répondre, le Marquis n’aurait pas le choix car le Mythe ne peut avoir recours qu’au Mythe, et évidemment selon l’inévitable logique de la surenchère. C’est ce qui peut s’observer dans le texte qui nous intéresse.

En l’occurrence, le Marquis, soucieux de donner du poids à ses dires, essaie de l’argument historique :

« Déjà, les peuplades de la Gaule croyaient à l’immortalité de l’âme et méprisaient la mort et, bien avant la naissance du Christ, avaient le culte de la Vierge qui devait enfanter le Sauveur du Monde, culte que Notre-Dame de Chartres a continué en le christianisant.

Dans la lutte engagée entre Vercingétorix et César – cent cinquante ans avant l’avènement du christianisme – ne peut-on voir encore l’un des signes de la prédestination de notre pays, dont le jeune chef inflige à Rome – c’est-à-dire au paganisme officiel – la sanglante défaite de Gergovie ? » (p. 2)

vercingetorixÀ noter d’abord l’emploi de la question rhétorique qui appelle ou plutôt contraint la réponse, en l’occurrence positive : c’est là un signe, subtil mais certain, de la violence que pratique toujours le Croyant. Ensuite, il faut considérer la façon dont le Croyant réaménage l’histoire pour qu’elle coïncide avec son Mythe, comment il lui fait violence, en l’occurrence comment le Marquis décide ici que les Gaulois étaient des chrétiens qui s’ignoraient et bien sûr avant la lettre. Enfin, il faut voir comment, contraint par une donnée historique impossible à occulter, il la récupère. Prolongeant son propos sur la victoire gauloise de Gergovie, il ajoute :

« Éphémère victoire sans doute puisque l’héroïque chef gaulois est vaincu en définitive et que, magnanimement pour sauver son peuple des représailles romaines, il s’offre en holocauste, est trainé en esclave derrière le char de César et est égorgé à Rome dans cette prison Mamertine où, un siècle plus tard, le premier Vicaire du Christ, Saint Pierre, sera crucifié. » (p.2)

Pour le Marquis, certes Vercingétorix a été vaincu, mais d’abord, il trouve dans cette défaite d’abord l’occasion de montrer le  le jeune chef gaulois dans un geste sublime, s’offrir en holocauste pour sauver son peuple. D’autre part et surtout, le Marquis se saisit du supplice infligé au vaincu pour le donner comme marqué par la volonté de Dieu puisqu’il annonce, de par lieu où il se déroule, celui de Pierre, le premier pape.

Mais le marquis a recours par ailleurs à un argument autrement plus audacieux, nettement plus gonflé même pourrait-on dire, et, partant, marqué d’une faiblesse intrinsèque inévitable (et c’est peut-être pourquoi l’argument historique, que nous venons d’analyser, vient après lui, comme pour venir à son secours). Quel est cet argument ?

saint-michel« Ainsi, parce que cette mission – en raison même de son importance – fera encourir fatalement à la France les assauts répétés de l’Enfer déchaîné, va-t-Il, dans Sa prescience des événements, lui donner un protecteur d’autant plus puissant que les attaques infernales seront plus farouches. Il choisit alors le plus puissant et le premier de tous les Anges, le Chef de toutes les polices Célestes, le grand vainqueur de Satan : Saint-Michel, qui est associé à toutes les grandes pages de notre Histoire, inspira personnellement notre Jeanne d’Arc et lui déclara : « Je suis Michel, le protecteur de la France. » (p.2)

Je te laisse méditer sur ces quelques lignes avant de vous en proposer une analyse dans le prochain article.

Tu vois où ça pèche ?

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