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LE CROYANT (1)

Qu’est qu’un Croyant ? Comment et pourquoi en vient-on à croire, c’est-à-dire à ne plus savoir, ou à ignorer la Loi, tout ce qu’est le monde, l’humain et l’Être ?

I. FONDATION DU SYSTÈME.

Reprenons le scénario de Rousseau : « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. » (Discours sur l’Origine et les Fondements de l’Inégalité parmi les Hommes, Pléiade p. 164)

Cet individu donc s’approprie arbitrairement un lopin de terre et surtout déclare que cette acre est son bien inaliénable. Selon l’AO, il s’exclut par là de la communauté des autres par la vertu de cet Avoir, autrement dit il érige par rapport à eux une Distance, s’emparant de son sommet, et signifiant : « Ayant plus que vous, je suis plus que vous. Donc, vous devez m’obéir et me révérer. » À partir de son Avoir, il institue son Pouvoir et orchestre sa gloire. Bref, en fait de « société civile », il vient de fonder le Système. De ce Système, il est le Dominant, déjà le dieu, tandis que la formule « Ceci est à moi » en constitue le Mythe, ou le cache-violence.

Mais pour que ce scénario fonctionne, se trouve impérativement requis cet autre acteur mentionné par Rousseau, acteur collectif celui-là : « des gens assez simples pour le croire ». Tandis que l’Individu n’a besoin que de lui-même pour activer son Processus, le Comparse a besoin des autres pour instituer son Système. Ceux-là en constituent immédiatement l’Horizontale, ou les Dominés : ils sont les victimes de la violence du Dominant. Comment et pourquoi jouent-ils ce rôle ? Parce qu’à la déclaration « Ceci est à moi » ils ne refusent pas de croire. Et pourquoi ne le refusent-ils pas ? Parce qu’ils sont « assez simples » pour ne rien voir sans doute, ne rien comprendre peut-être, ne rien contester c’est sûr.

L’AO, suivant ici Rousseau, constate donc que la fondation du Système est en même temps l’avènement de la communauté des Croyants, ou celui de cette entité sans laquelle le phénomène humain ne pourrait se comprendre : le Croyant.

Évidemment, une autre question s’impose : comment et pourquoi tous ceux-là acceptent-ils de croire ? Autrement dit : qu’est-ce qui fait le Croyant ?

II. AVÈNEMENT DU CROYANT.

C’est Rousseau toujours qui suggère la réponse.

Selon lui, il faut opposer les besoins et les désirs. Les premiers sont à référer à ce qu’il appelle la nature, ou selon l’AO la Loi, et sont en très petit nombre : nourriture, gîte, sécurité. Les seconds sont étrangers à la nature ou hors la Loi, et peuvent revêtir une infinité de formes mais se ramènent à trois objets fondamentaux : richesse, puissance, prestige. Bref, l’AO identifie sans peine dans les désirs la passion comparse fondamentale : le Désir. Et elle procède à ce premier constat : si les besoins ne peuvent mener qu’à un savoir, le Désir engendre la croyance, toutes les croyances. L’AO procède aussitôt à ce constat second : toute croyance est synonyme de violence.

Le Croyant donc est mené si ce n’est possédé par le Désir.

C’est cette véritable possession démoniaque (Satan peut en être un parfait Symbole) que Rousseau suggère en écrivant que ces gens ont été « assez simples » pour croire. Cette simplicité n’est ni naïveté ni et encore moins imbécillité, mais simplement Désir, cette passion massive, aveuglante, opacifiante, cette passion qui occulte toute la Loi et éclipse toute conscience – le Désir ou cette passion sans laquelle le phénomène humain n’interviendrait tout simplement pas.

Mais quel est l’objet de ce Désir, ou qu’est-ce qui fait le Croyant ? C’est fort simple et infini : Désir d’être plus riche que les autres, Désir d’imposer aux autres ses caprices, Désir d’être encensé par les autres. Bref, le Désir est tout entier cette croyance que l’Être peut se saisir dans l’Avoir, le Pouvoir et la gloire.

C’est en quoi le Désir est la Tentation majeure. Celui qui cale et qui cane devant la Tentative, c’est-à-dire renonce, par Phobie progressive, à s’engager dans son Processus pour atteindre à la plus haute réalisation de soi-même, ce que Rousseau appelle l’amour de soi, celui-là cède à la Tentation du Désir en s’acharnant à dépasser Autrui en Avoir, en Pouvoir et gloire, ce que Rousseau appelle l’amour-propre. Si c’est toujours l’Être qui est visé, le Héros tend vers sa vérité de toute sa Volonté, tandis que le Comparse tend vers son illusion de toute sa vanité.

Le premier, conscient de la Loi, est le Savant ; le second, scandalisé par les objets du Désir, est le Croyant.

Mais il va falloir ici distinguer entre deux types de Croyants : voir l’article suivant.

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