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DÉMOCRATIE ET PAUVRETÉ

La pauvreté recule à l’échelle mondiale ; chaque année, en France, les « Restos du Cœur » doivent répondre à une demande accrue – ou s’il faut dire aggravée ? Que les pauvres pullulent dans les républiques bananières d’Afrique, où sévit une corruption aussi endémique que massive, paraît assez logique. Mais comment peut-il se faire que la France, réputée une démocratie, voie le nombre de ses pauvres augmenter régulièrement et dramatiquement ?

La situation envisagée sous cet angle amène, selon l’AO, la question à la fois urgente et simple : la France est-elle (encore) une démocratie (si elle l’a jamais été) ?

I. LA FRANCE ET LA RÉPUBLIQUE.

La France moderne est fille de 1789. Qu’est-ce à dire ?

L’antique Système monarchique (puisqu’il datait de Clovis) a été éclipsé par la jeune République ; le Mythe du roi de droit divin s’est trouvé invalidé au profit de la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » ; la fausse transcendance engraissée par l’Église a été pulvérisée par la transcendance vraie sustentée par le peuple ; la France hiérarchique des Privilèges a été mise au rebut de l’histoire par la France égalitaire des Droits de l’Homme ; la France dont un individu unique pouvait, par droit de naissance, dire « Ceci est à moi » a été renversée par la France dont tout un peuple peut dire « Ceci est Nous » ; la France qui constituait, pour un individu, son Avoir, son Pouvoir et sa gloire, a été déboutée par la France qui est pour un peuple son Être, son bonheur et sa mémoire. Bref, la vieille France vouée au Religieux depuis les origines, s’est trouvée chassée par la France nouvelle vouée au Politique.

Cet arrachement au Religieux pour la promotion du Politique s’est trouvé parfait par la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, c’est-à-dire par l’avènement de la laïcité (voir les deux articles précédents).

Voilà qui est bel et bon. Mais…

II. LA FRANCE ET LE RELIGIEUX.

La belle France républicaine, pays des Droits de l’Homme et du citoyen, cette belle France glorieuse et révérée multiplie ses pauvres et ses laissés pour compte. La France égalitaire voit chaque jour se creuser plus profondément le fossé qui sépare quelques nantis d’une masse qui sue, qui peine et qui, de plus en plus, manque. Autrement dit, la France qui se prétend, et même – accordons-lui ce crédit – se veut républicaine, cette France ressemble toujours à s’y méprendre à un Système, avec au sommet quelques très riches, à mi-hauteur une classe dite moyenne qui s’en tire, et en bas, de plus en plus nombreuse, une Horizontale exclue à peu près de tout, y compris de la possibilité de se loger décemment et de se nourrir chaque jour à sa faim. Pour reprendre la grille l’analyse de Rousseau, en haut quelques-un comblés dans tous leurs désirs et en bas un grand nombre qui ne parvient pas à satisfaire tous ses besoins.

Alors ?

Il faut en faire le constat : la France demeure vouée au Religieux. Elle en a simplement changé la nature. Elle s’est arrachée au Religieux divin, n’étant plus soumise à Dieu et à sa sainte Trinité, pour s’inféoder aux trois idoles du Religieux mondain ou à la trinité mondaine : l’Avoir, le Pouvoir et la gloire. La France a déserté les églises mais elle se presse dans les temples – ou si elle y est entassée sinon parquée ? – les temples qu’elle érige au dieu Fric (le Cac 40), au dieu Pouvoir (l’Élysée) et au dieu gloire (la télé). La France déchristianisée est toujours peuplée d’une foule de Croyants ; si les fidèles du Religieux divin se cherchent, les  adeptes ou les fanatiques du Religieux mondain pullulent – et gare à ceux qui récriminent au nom du Religieux divin de leur Coran !…

La France, donc, la France n’est pas la République. La France n’est pas la patrie du Politique. La France n’est pas une démocratie : un seul de ses pauvres en est la preuve irréfragable.

La France est un Système qui continue de sacrifier une large part de sa population au Désir insatiable de ses quelques Dominants.

Quant à toi, vois-tu autre chose que la ruée dionysiaque ou la révolution pour remédier à la situation ?

Il n’en est qu’une : la conscience – et la (bonne) Volonté pour élaborer un nouveau contrat social. Quant à cela…

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