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CARNAVAL ET MAT DE COCAGNE

Un petit article à teneur nettement anthropologique, sur deux pratiques sociales dont l’une est encore bien vivante et l’autre en voie de disparition : le carnaval et le mât de Cocagne.

LE CARNAVAL

Tu connais les images des grandes festivités qui, au milieu de l’hiver, animent un grand nombre de villes dans le monde, Rio bien sûr au premier chef, mais aussi, en France, Nice ou Dunkerque. T’es-tu jamais demandé quelle pouvait être l’origine de cette « fête » ? Il suffit d’observer ce qui s’y passe pour l’apprendre.

Un défilé, des danses, la procession de mannequins et enfin, sommet de la fête et son terme, destruction du mannequin nommé « Bonhomme Carnaval », le plus souvent par le feu. Cela ne te rappelle rien ? Revois la leçon  n° 10.

Mais bien sûr ! La phase finale ne laisse aucun doute à cet égard : il s’agit d’une mise en scène du lynchage en règle du Dominant.

Avec cette clé, tout est clair.

La procession, et surtout les danses, volon-tiers déchaînées, véritable exutoire physique, parfois jusqu’à l’épuisement des participants, c’est le vestige ritualisé et esthétisé du débor-dement dionysiaque. Ce bouillonnement corporel est le reflet de la violence qui a présidé à la mise à mort du Dominant, et l’espèce d’ivresse à laquelle atteignent fré-quemment les danseurs est évidemment le souvenir de la transe nécessaire pour le meurtre collectif.

La foule qui entoure le mannequin, et qui jette des torches sur l’objet central, le mannequin, joue le rôle du groupe des Comparses lyncheurs.

Enfin, le mannequin lui-même, fréquemment de grande taille, figure évidemment le Colosse. L’aspect rigolard qu’on lui donne souvent maintenant est peut-être l’inversion mythi-sante ou mythifiante du « mauvais côté » de la figure originelle, celui qui, justement, motive le lynchage. Cependant, certains man-nequins figurent aussi des espèces de Pères Fouettards, plus transparents, ou des vieilles femmes revêches, au contraire bien plus dissimu-lateurs. Ce personnage, de toute évidence, est tout ensemble méprisé et magnifié, conformément à son statut premier d’objet du Désir et fauteur du Scandale. Le feu de joie immense qui jaillit de la figurine est une façon de la sublimer qui a tout à voir avec sa divinisation : Bonhomme Carnaval est un dieu et un feu de paille.

LE MAT DE COCAGNE

Là encore, vois la configuration et la pratique : c’est simple et clair.

La configuration. —  Un mat, très élevé, le plus souvent au milieu d’une place ou d’un champ de foire, c’est-à-dire d’un lieu fait pour accueillir une foule. Au sommet de ce mât, des victuailles, fort alléchantes.

La pratique. — Grimper en haut du mât pour décrocher les friandises, et les redescendre afin de les partager avec  les autres participants de la fête avant de les manger en chœur.

Tu vois ?

Mais bien sûr ! Ce mât immense figure la Verticale du Système, c’est-à-dire à la fois le Colosse et la Distance, Distance en haut de laquelle il trône et que les participants doivent franchir en l’escaladant. Les victuailles figurent le corps du Dominant. La distribution de ces jambons, saucissons ou autres cochonnailles correspond au démem-brement du corps du Dominant, au diasparagmos. Enfin, la consommation en commun de ces aliments rappelle de toute évidence la dévoration du corps du Colosse, l’omophagia.

Bien sûr, tout ceci peut se compléter — ou se contester — par d’autres observations et d’autres analyses. A toi !

Joël Bienfait. 18.01.12.

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